Je pense qu’il y a quelque chose d’injuste dans notre manière de considérer l’automne.

À peine les valises estivales rangées au fond des placards que certains parlent déjà de la fin des beaux jours. On ressort les manteaux, les réveils sonnent de nouveau bien trop tôt et les dernières photographies de plages et des barbecues disparaissent lentement sous les publications moroses de la rentrée.

Pourtant, dehors, le spectacle ne fait que commencer.

L’automne est peut-être la dernière grande fête de la montagne avant le blanc et froid silence.

Les forêts prennent feu sans brûler. Les hêtres rougissent, les mélèzes se parent d’or et les premières neiges apparaissent sur les sommets comme un avertissement. L’hiver est là-haut. Il attend son heure. Mais quelques centaines de mètres plus bas, les chemins nous restent encore ouverts et la lumière devient oh combien plus douce. Les foules de juillet et aout ont disparu. Les refuges ferment peu à peu les uns après les autres. Il reste le murmure des chaussures dans les feuilles mortes et celui du vent frais qui descend des crêtes.

C’est aussi une saison que j’aime particulièrement pour la photographie. Le soleil monte moins haut, les ombres s’allongent et les forêts retrouvent cette profondeur que la lumière estivale leur enlève.

Alors, avant que la neige ne ferme certains cols, je te propose de marcher.

Des glaciers du massif du Mont-Blanc aux eaux du lac d’Oô, des volcans d’Auvergne aux forêts profondes des Ardennes, jusqu’aux pins laricio de Corse, voici 10 petites randonnées à faire en automne en France. Dix chemins avec AR dans la journée bien documentés par des offices de tourisme et organismes locaux, avec leurs distances, leurs dénivelés et leurs difficultés.

Et si cette saison te donne des envies de paysages encore plus lointains, tu peux également retrouver mes idées de randonnées en Islande.

1. Le Lac Blanc depuis le col des Montets — Alpes, Haute-Savoie

9,4 km aller-retour | environ 5 h | difficulté : difficile | dénivelé : +890 m / -890 m

Face au massif du Mont-Blanc, certaines randonnées semblent avoir été dessinées uniquement pour rappeler à l’homme sa petite taille. Le Lac Blanc appartient à cette catégorie. En partant du col des Montets, le sentier prend rapidement de la hauteur avant de rejoindre la Tête aux Vents, les lacs des Chéserys puis le Lac Blanc, perché à 2 352 mètres. La récompense se trouve de l’autre côté de la vallée : aiguilles de Chamonix, glaciers et massif du Mont-Blanc occupent presque tout l’horizon.

En automne, le paysage change de registre. Les teintes jaunes et orangées gagnent progressivement la vallée tandis que les sommets commencent parfois à blanchir. C’est magnifique, mais cette beauté demande de la prudence : Chamonix précise que cet itinéraire reste soumis aux conditions météorologiques et d’enneigement. À cette altitude, octobre peut encore ressembler à septembre un jour et annoncer décembre le lendemain.

2. Le lac d’Oô depuis les Granges d’Astau — Pyrénées

Environ 6,6 km aller-retour | 2 h 30 à 3 h | difficulté : modérée | dénivelé : environ +440 m

Le nom semble presque trop court pour le paysage. Oô. Deux lettres au fond d’une vallée pyrénéenne et, au bout du chemin, un lac dominé par une cascade de 275 mètres. Depuis les Granges d’Astau, l’itinéraire emprunte une ancienne voie pavée et remonte progressivement la vallée jusqu’au refuge et au barrage. Il n’y a pas ici de difficulté technique majeure : simplement une montée régulière qui rappelle que les beaux endroits demandent parfois quelques efforts.

L’Office de tourisme Pyrénées 31 recommande notamment cette randonnée à la mi-saison. Lorsque les arbres commencent à changer de couleur, l’arrivée devant l’eau et la grande cascade prend une autre dimension. Pour une randonnée relativement courte, le rapport entre l’effort demandé et le décor offert est presque indécent.

Les informations publiées peuvent varier légèrement selon la manière dont le parcours est mesuré ; je retiens ici environ 6,6 km pour l’aller-retour.

3. Le cirque de Gavarnie par la corniche des Espugues — Pyrénées

9,4 km en boucle | environ 3 h 45 | difficulté : modérée | dénivelé : +406 m / -406 m

Gavarnie pourrait se contempler depuis le fond de la vallée. Ce serait déjà magnifique. Mais puisque nous sommes venus marcher, autant prendre un peu de hauteur. La variante par la corniche des Espugues quitte l’itinéraire classique et gagne un chemin en balcon avant de surgir face à cet immense amphithéâtre minéral. Le cirque ressemble alors moins à une montagne qu’à une muraille construite pour séparer deux mondes.

L’automne lui va particulièrement bien. Les grandes chaleurs ont disparu et la lumière basse accroche davantage les parois. Avec un peu plus de 400 mètres de dénivelé positif, cette randonnée demande une condition physique correcte sans atteindre l’engagement d’une grande journée alpine. Elle constitue donc un beau compromis pour découvrir les Pyrénées en automne.

4. Le Puy de Sancy — Massif central

7,5 km | environ 2 h 30 | difficulté : difficile | dénivelé : +560 m

Le Massif central n’a pas besoin de glaciers pour imposer le respect. Il lui suffit de ses vieux volcans. Le Puy de Sancy, point culminant du Massif central, atteint 1 885 mètres et domine un relief façonné par le volcanisme, l’érosion et des millénaires de mauvais temps. L’itinéraire gagne les hauteurs avant de rejoindre les crêtes et le sommet.

En automne, l’Auvergne prend cette austérité qui lui va si bien. Les herbes jaunissent, les vallées se couvrent de brume et les reliefs volcaniques semblent encore plus anciens. Sur le papier, 7,5 kilomètres paraissent relativement modestes, mais les 560 mètres de montée concentrés sur cette distance et l’exposition des hauteurs justifient de classer cette randonnée comme difficile. Le vent et les changements rapides de météo peuvent également modifier sérieusement l’expérience.

A lire : Auvergne, randonnée dans les volcans assoupis

5. La Roche à Sept-Heures — Ardennes

5,9 km en boucle | environ 2 h 30 | difficulté : facile | dénivelé : environ +228 m / -228 m

Il n’est pas nécessaire de grimper à 2 000 mètres pour trouver l’automne. Dans les Ardennes, il suffit parfois d’entrer dans la forêt. Depuis Monthermé, la randonnée de la Roche à Sept-Heures monte vers les hauteurs de l’Enveloppe avant de rejoindre un chemin de crête dominant l’une des grandes boucles de la Meuse. En dessous, la rivière dessine son méandre entre les collines couvertes d’arbres.

C’est précisément le genre de randonnée que j’aime pour octobre : assez courte pour partir sans transformer la journée en expédition, suffisamment vallonnée pour avoir l’impression d’avoir marché et surtout plongée dans une forêt de feuillus qui change complètement de visage avec l’arrivée de l’automne. Avec moins de six kilomètres et environ 230 mètres de montée, elle constitue l’une des options les plus accessibles de cette sélection.

6. Le Tour des Cascades du Hérisson — Jura

11,6 km en boucle | environ 4 h | difficulté : modérée | dénivelé : +425 m / -425 m

Le Hérisson porte mal son nom. Il ne pique pas : il tombe. Encore et encore. Dans cette vallée jurassienne, le torrent enchaîne 31 sauts et sept grandes cascades. Le parcours complet plonge dans un univers de sous-bois, d’eau, de roches couvertes de mousse et de passerelles humides.

Le printemps et l’automne sont particulièrement intéressants lorsque les cascades retrouvent davantage de puissance. Ajoute à cela les hêtres jaunissants et les feuilles accumulées sur les chemins, et le décor prend des allures de forêt primitive. La boucle dépasse les onze kilomètres mais son dénivelé reste raisonnable. Je la classe donc comme modérée dans notre échelle harmonisée, en gardant à l’esprit que l’humidité peut rendre certains passages glissants.

7. Le Lac de Ninu depuis Popaghja — Corse

Environ 8 km aller-retour | difficulté : difficile | dénivelé : environ +700 à +730 m

La Corse en automne offre un compromis que j’apprécie beaucoup : la montagne reste la montagne, mais la Méditerranée n’est jamais très loin. Depuis la maison forestière de Popaghja, le sentier du Lac de Ninu traverse d’abord une pinède, remonte le vallon de Colga puis devient franchement plus minéral. Les derniers passages sont plus raides et certaines dalles peuvent demander l’usage des mains avant de rejoindre Bocca a Stazzona.

Puis le paysage s’ouvre. À 1 743 mètres apparaît le Lac de Ninu, entouré de ses célèbres pozzines, ces pelouses spongieuses parcourues de petits trous d’eau où viennent parfois paître chevaux et vaches. Environ 700 mètres de dénivelé sur une distance relativement courte et un terrain montagnard justifient ici le niveau difficile. La durée variant selon les descriptions de cette variante, je préfère ne pas inventer un temps de marche artificiellement précis.

8. Le Trou de la Bombe — massif de Bavella, Corse

Environ 2 h aller-retour | difficulté : facile | dénivelé : environ +200 m

Restons encore un peu sur l’île, mais changeons complètement d’ambiance. Depuis le col de Bavella, le chemin du Trou de la Bombe (U Tafonu di u Cumpuleddu) traverse une forêt de pins laricio avant de rejoindre cette étonnante ouverture naturelle creusée dans la roche par l’érosion. Au-dessus, les aiguilles de Bavella dressent leurs silhouettes tourmentées dans le ciel.

L’automne est une excellente période pour découvrir le secteur lorsque les conditions restent favorables. Avec environ deux heures de marche et 200 mètres de dénivelé, l’itinéraire reste accessible et mérite donc son classement facile. L’approche immédiate du trou est toutefois plus délicate : « facile » ne signifie jamais qu’il faut abandonner toute prudence dès que les chaussures touchent le sentier.

9. Le Scialet Royer et la forêt de Lente — Vercors

14,6 km en boucle | environ 4 h 30 | difficulté : difficile | dénivelé : +450 m

Le Vercors possède quelque chose de particulier. Ce massif n’a pas l’exubérance des Alpes centrales. Il préfère les falaises calcaires, les plateaux silencieux et les forêts dans lesquelles le chemin semble parfois vouloir disparaître. L’itinéraire du Scialet Royer traverse justement la forêt de Lente avant de gagner plusieurs secteurs ouverts du massif.

Avec près de quinze kilomètres, 450 mètres de dénivelé et environ quatre heures et demie de marche, l’itinéraire représente déjà une véritable journée sur les sentiers. Dans notre classification harmonisée, je le considère comme difficile, principalement en raison de sa longueur et de l’endurance demandée.

En automne, la forêt devient évidemment le principal spectacle, mais les journées raccourcissent vite. Sur un parcours de cette longueur, mieux vaut partir suffisamment tôt et vérifier les conditions locales avant de s’engager.

10. Le circuit des 25 Bosses — forêt de Fontainebleau

Environ 14 à 17 km selon le tracé | 5 à 7 h | difficulté : modérée | environ +800 à +900 m de dénivelé cumulé

Pour la dernière, oublions les hauts sommets. Fontainebleau démontre assez bien que l’altitude et la difficulté ne sont pas toujours synonymes. Le circuit des 25 Bosses traverse le massif des Trois Pignons dans un étonnant chaos de sable, de pins et de blocs de grès. Créé comme terrain d’entraînement pour les alpinistes, il accumule les montées et les descentes jusqu’à produire un dénivelé digne d’une véritable randonnée montagnarde.

Et puis vient octobre. Les fougères roussissent, les chênes changent de couleur et les blocs gris émergent d’un tapis de feuilles. Selon les sources et le tracé retenu, la distance et le dénivelé varient : Fontainebleau Tourisme évoque environ 14 kilomètres et +800 mètres, tandis que d’autres références donnent un parcours plus proche de 17 kilomètres et 900 mètres cumulés.

Dans tous les cas, les montées et descentes incessantes et les cinq à sept heures nécessaires en font une randonnée à la journée plutôt modérée. Mieux vaut donc télécharger une trace correspondant précisément au parcours que tu souhaites suivre.

Comment est défini le niveau de difficulté des randonnées ?

Comparer les difficultés affichées par différents offices de tourisme peut rapidement devenir déroutant. Une randonnée qualifiée de « moyenne » dans une région peut être considérée comme « difficile » dans une autre.

Pour rendre les dix itinéraires de cet article réellement comparables, j’ai donc utilisé une même échelle de difficulté, basée principalement sur la distance, la durée, le dénivelé positif, l’altitude et les éventuelles difficultés du terrain.

Facile : Une randonnée accessible à la plupart des marcheurs, généralement courte, avec un dénivelé limité et sans difficulté technique importante. Une condition physique normale suffit généralement.

Modérée : Une randonnée qui commence à demander une condition physique correcte. La distance ou le dénivelé deviennent plus importants et plusieurs heures de marche peuvent être nécessaires. Elle reste néanmoins accessible à un randonneur occasionnel correctement équipé.

Difficile : Une randonnée destinée à des marcheurs en bonne condition physique. Longue distance, dénivelé important, altitude ou passages plus exigeants peuvent se cumuler. Une certaine expérience de la randonnée est préférable.

Très difficile :Une randonnée particulièrement exigeante cumulant généralement une longue distance, un fort dénivelé et/ou de véritables difficultés techniques. Une bonne expérience de la montagne peut être nécessaire. Aucune des dix randonnées de cette sélection n’a été placée dans cette catégorie.

Ces niveaux correspondent évidemment à des conditions normales de randonnée. En automne, cette précision est essentielle. Une randonnée modérée en septembre peut devenir difficile, voire dangereuse, après une chute de neige, avec du verglas, sous une pluie importante ou lorsque la visibilité disparaît.

Et on n’oublie pas qu’en montagne, la météo conserve toujours le dernier mot.

Randonner en automne : la beauté demande un peu plus de prudence

L’automne offre quelque chose que l’été ne sait pas donner : l’impression que le paysage ne nous appartient plus tout à fait.

Les terrasses ferment. Les téléphériques s’arrêtent progressivement. Certains refuges baissent leurs volets. Les journées raccourcissent et, au-dessus de 2 000 mètres, une nuit froide peut suffire à transformer un sentier banal en terrain enneigé.

Il faut donc regarder les horaires de lever et de coucher du soleil, vérifier les conditions locales le matin même, emporter une couche chaude et imperméable et ne jamais considérer qu’une randonnée praticable la semaine précédente le sera encore aujourd’hui. C’est particulièrement vrai dans les Alpes, les Pyrénées et en Corse.

Mais cette incertitude fait aussi partie de la saison.

L’automne nous rappelle une chose que l’été réussit parfois à nous faire oublier : la montagne ne nous ferme jamais réellement ses portes. C’est nous qui devons apprendre à reconnaître le moment où il est encore possible d’entrer.

Il arrivera bientôt un matin où les couleurs auront disparu.

La pluie aura emporté les dernières feuilles. La neige descendra progressivement des sommets et recouvrira les chemins sur lesquels nous marchions encore quelques semaines auparavant. Les forêts se tairont. L’hiver reprendra ses quartiers.

Mais nous n’y sommes pas encore.

Pour quelques semaines, les montagnes françaises brûleront encore de jaune, de cuivre et de rouge pour le plaisir de nos yeux. Les torrents du Jura reprennent de la force. Les Pyrénées se vident. Les forêts ardennaises s’enfoncent dans leurs brûme, là-bas, en Corse, il reste encore parfois assez de douceur pour oublier que novembre approche.

Alors il nous faut marcher tant que les chemins nous le permettent encore.

Un sac. De bonnes chaussures. Une veste pour le mauvais temps. Quelques heures devant soi.

Et cette vieille curiosité qui nous pousse toujours à vouloir savoir ce qu’il y a derrière la prochaine crête.