Je suis passé, il y a peu, du côté obscur de la randonnée.

Pourquoi, me demanderas-tu ?

Eh bien, cette année, j’ai soufflé mes quarante bougies. Aux yeux de notre société, je ne fais donc plus partie de cette catégorie si prisée des « jeunes dynamiques ». Je ne suis plus vraiment ce trentenaire au visage encore poupin qui s’élançait sur les sentiers avec la fougue d’un homme venant de traverser le désert.

Et pourtant, cette soif-là ne m’a jamais quitté.

Les années ont peut-être ralenti certaines choses, mais elles n’ont jamais tari mon envie d’aventure. Les montagnes continuent de m’appeler avec la même insistance. Hier comme aujourd’hui, je leur réponds toujours. Et, pour être honnête, je n’ai qu’une idée en tête : repartir. Repartir loin. Repartir longtemps. Repartir encore.

camp de base everest trek

Je veux retourner au Népal.

Cette année marque déjà les dix ans de mes treks jusqu’au camp de base de l’Everest et autour de l’Annapurna. Dix ans… Le temps passe avec une discrétion déconcertante. Dans d’autres circonstances, j’aurais repris l’avion dès 2026. Mais la vie a cette étrange habitude de redistribuer les cartes. Je ne dispose plus de cette liberté presque insolente avec laquelle j’organisais autrefois mes départs.

Le Népal attendra donc encore un peu.

En attendant, je compte bien retrouver les montagnes plus proches de chez moi. Les Karkonosze, en Pologne, me tendent déjà les bras, et d’ici la fin du mois, je prépare un petit reportage photographique qui devrait me permettre de renouer avec ce plaisir simple : marcher, observer, raconter.

Mais le Népal reste là, quelque part.

Je n’ai pas envie d’y retourner pour cocher une nouvelle case sur une liste. J’aimerais simplement refaire une partie de mes pas. Marcher plus lentement. M’attarder davantage. Savourer le chemin comme on relit un vieux carnet de voyage. Il y a dix ans, je traversais ces paysages avec l’enthousiasme parfois impatient de celui qui veut toujours voir ce qui se cache derrière le prochain col. Aujourd’hui, j’aimerais apprendre à regarder autrement.

Car les paysages…

Les paysages, mes amis, sont d’une beauté presque irréelle.

J’aimerais aussi refaire un film, avec du matériel plus moderne. Une meilleure GoPro, peut-être un drone si la réglementation le permet. Non pas pour collectionner des images, mais pour conserver quelques fragments de ces immensités.

Et surtout, j’aimerais découvrir un autre visage du pays.

Celui du Manaslu.

Autrefois surnommé « l’Annapurna sauvage », ce trek figure depuis longtemps dans un coin de ma tête. Plus isolé, moins fréquenté, il semble offrir ce que je recherche aujourd’hui : davantage de silence que de records.

En attendant ce grand départ, il y a les montagnes polonaises.

C’est un projet que je dessine depuis plusieurs mois. Même si leurs sommets n’ont rien de l’Himalaya, une règle demeure universelle : avant chaque sortie, le matériel mérite toujours une dernière vérification.

La montagne pardonne rarement l’improvisation.

Et ces derniers mois, la météo polonaise s’est montrée particulièrement fantasque. Trente degrés à midi, quinze en fin d’après-midi, puis un orage suffisamment violent pour faire ressortir pantalon et polaire du placard. Alors imagine ce qu’il peut en être à mille ou quinze cents mètres d’altitude…

La première pièce d’équipement que je vérifie reste toujours la même : les chaussures.

On peut supporter un sac un peu plus lourd, oublier une paire de gants ou une gourde supplémentaire… mais des chaussures inadaptées transforment rapidement une belle randonnée en longue punition. Avant de repartir, j’aime donc regarder les dernières nouveautés proposées par des enseignes spécialisées comme I-Run : https://www.i-run.fr/chaussures_homme/Randonnee_c1136/ , où l’on trouve un large choix de modèles adaptés aussi bien aux randonnées tranquilles qu’aux longues itinérances.

Il y a quelques semaines, la montagne m’a déjà réservé une belle rencontre.

J’ai fait récemment la connaissance avec un guide polonais qui connaît les Karkonosze comme sa poche. En échange de quelques photographies outdoor pour son activité, il m’a proposé de me faire découvrir certains recoins confidentiels de cette magnifique région de Basse-Silésie.

Un échange simple. Équilibré.

Exactement le genre de rencontres que les voyages savent offrir.

J’imagine déjà les cascades plongées dans les premières lumières du matin, les rayons du soleil filtrant entre les pins et les hêtres, glissant lentement jusqu’aux replis d’une rivière encore enveloppée de brume.

Cela me fera du bien.

Retrouver le poids familier du sac sur les épaules. Préparer quelques provisions avant le départ. Sentir de nouveau le gravier, l’herbe, le sable crisser sous les chaussures. Marcher des heures durant sur des sentiers encore inconnus.

L’été passé derrière un bureau devient vite étouffant.

Dès que les températures grimpent, je n’aspire plus qu’à prendre de l’altitude. J’ai toujours eu le sentiment d’être une plante de sous-bois : j’ai besoin de fraîcheur pour respirer. Les vagues de chaleur me terrassent bien plus sûrement qu’un long dénivelé.

Et puis…

Imagine.

Peu d’herbes au pied du refuge de l’Aigle mais une nuit fraiche garantie…

Un refuge accroché à flanc de montagne.

Face à toi, les sommets s’étirent jusqu’aux glaciers. Tu retires enfin tes chaussures de randonnées et laisses tes pieds retrouver l’herbe fraîche. Une bière encore froide entre les mains, peut-être une généreuse part de tarte maison. Le repas du soir mijote déjà à l’intérieur : simple, nourrissant, sincère.

Le sac repose contre le mur.

Le soleil éclaire encore les crêtes, mais ici, l’air reste léger. Une brise descend lentement des sommets et caresse la peau.

Le temps semble avoir suspendu sa course.

La marche attendra demain.

Ou peut-être après-demain.

Pour l’instant, seules comptent ces longues minutes immobiles, gagnées au prix de quelques milliers de pas.

Ah…

Ceux qui n’ont jamais connu ces instants auront sans doute du mal à imaginer cette paix intérieure.

Ces parenthèses silencieuses, entre deux étapes, où l’on a soudain la certitude d’avoir fait quelque chose de juste de son temps.

Contempler des montagnes vieilles de plusieurs millions d’années remet beaucoup de choses à leur place.

Les refuges deviennent alors d’étranges îlots de lumière au milieu de l’immensité. Des lieux où se croisent mille histoires, mille fatigues, mille projets. Les regards se délient. Les conversations naissent sans effort. Une guitare apparaît parfois dans un coin de la salle.

Et le cœur, décidément, bat un peu plus fort en montagne.

Il me tarde d’y retourner.

Peut-être nous croiserons-nous un jour sur un sentier, inconnus parmi tant d’autres, chacun occupé à écrire sa propre aventure.

Celles qui, une fois rentré, continuent longtemps de faire sourire lorsqu’on en tourne les pages.