Je pense qu’il y a deux approches. Soit on marche et la pratique photo est un élément totalement accessoire de la randonnée. Soit on marche pour pratiquer la photo en combinant les deux passions. Dans les deux cas, notre approche conditionne la manière dont on compose son sac de randonnée (surtout si on veut l’alléger) et l’appareil que l’on porte sur soi.

Cet article vise à répondre aux questions :

 

2 approches uniquement c’est simple, c’est idéal mais c’est la théorie. Dans la pratique, on tend tous à faire des concessions, moi le premier. De plus, notre pratique évolue. Car il arrive bien un moment où le randonneur photographe regarde, envieux, le randonneur léger qui ne se traîne pas une tonne d’objectifs batteries et autres accessoires dans son sac et que ce même randonneur léger envie les belles photos que le photographe randonneur publie sur son blog outdoor (comme moi, oui c’est là ma vengeance chers adaptes de la MUL :), ses réseaux et parfois-même, sur les mur des refuges où se repose le randonneur léger. Histoire de le torturer un peu plus.

Et moi dans cette histoire ? J’aime marcher et j’aime prendre les photos. Pire, comme j’aime partager et illustrer mes récits, c’est presque une obligation pour moi de partir avec mon appareil photo. Je suis dans la zone grise. Peut-être comme vous d’ailleurs ? Je tends vers la marche légère mais de ne demandez pas de me séparer de mon appareil photo. Je suis un extrémiste. Si vous me demandiez de choisir entre prendre mon kit de sécurité ou mon appareil photo dans mon sac de rando, je ne pense pas que le bon sens me fasse entendre raison.

 

photo prise par Gregory Rohart dans l'Ubaye

Pris lors de la première journée du tour du Mont Blanc, le sentier est une ligne de fuite naturelle

 

photo de montagne (2)

photo prise par Gregory Rohart dans l’Ubaye. Je suis sur cette photo et ma présence donne une notion d’échelle

 

La photo en randonnée : entre légèreté et qualité.

 

Car c’est là que se joue la bataille des grammes. Devrait-on prendre un smartphone, un bridge/compact expert, un réflex ? Un ou plusieurs objectifs ?

 

Quel appareil photo prendre en randonnée ?

 

  • Le reflex : Soyons radical, soyons tranché, soyons efficace. Vous utilisez votre reflex en tout automatique ?

Si vous utilisez votre reflex en tout automatique, ne le prenez pas en rando, il ne vous sert -quasiment- à rien. (bon, là, je ne me fais pas que des amis en disant cela :) A mes yeux, il ne sert à rien de prendre un appareil lourd, encombrant, cher, nécessitant batteries et accessoires, pour ne pas l’utiliser au mieux de ses capacités. Soit on sait utiliser son reflex pour faire de belles photos en montagne (ou en tout cas les meilleurs possibles), soit on admet que la photo ne nous intéresse pas tant que cela (puisque l’on n’a pas pris le temps d’apprendre à utiliser son reflex correctement). Dans ce cas, on prend un appareil plus léger qui suffit à nos besoins et notre pratique photo pour optimiser le poids de son sac rando. De toute façon, vos photos, vous ne souhaitez ni le vendre, ni les imprimer alors… ? Non, bon alors… Allégez-vous !

Si vous êtes en groupe ET qu’il y a une personne sachant utiliser son reflex, alors elle le prend et elle a la responsabilité de faire de bonnes photos. Visez la qualité plutôt que la quantité. Votre dos vous en remerciera. Je ne vois pas l’intérêt de partir en randonnée en mode paparazi avec un reflex chacun. Pour les souvenirs, un simple smartphone suffira et tout le monde peut en prendre un.

 

Gregory Rohart du blog I-trekking avec Reflex, Zoom et mon trépied Vanguard

Gregory Rohart du blog I-trekking avec Reflex, Zoom et mon trépied Vanguard

 

Autre question importante pour les possesseurs d’un reflex, quel objectif en randonnée ?

 

1 objectif, 2 objectifs, plus ? Bon, dans tous les cas, si vous vous posez la question, c’est que vous savez -normalement- utiliser votre appareil et vous souhaitez optimiser le rapport qualité/poids/encombrement. Mais comme pour son sac de randonnée, il faut analyser son utilisation matériel. Je dirai, après en avoir discuté avec Gregory Rohart d’I-Trekking, que le mieux, est un trans-standard. Pourquoi ?

Un trans-standard vous suffira dans 99% des cas. Car qui dit un seul objectif dit moins d’encombrement, moins de stress quant au meilleur objectif pour faire LA photo alors que l’instant est précieux, moins de risque de salir la lentille en changeant l’objectif (ou de faire tomber l’un des deux, etc)… Un objectif unique c’est le meilleur compromis entre photographie ET plaisir de la randonnée.

Par exemple, un 24-105mm à F constant (comme le F4 constant finition ART de Simga que je souhaite tester) suffira amplement. Si notre sujet est trop loin, alors on se rapproche et on est patient. A moins que votre objectif soit absolument de prendre des portraits de chamois, auquel cas vous prenez un téléobjectif de 3kg, il répondra totalement à vos attentes.

Photo prise avec trépied et retardateur lors du randonnée en solitaire dans le sentier du Fjord

Photo prise avec trépied et retardateur lors du randonnée en solitaire dans le sentier du Fjord

Les avantages d’un reflex en randonnée:

  • qualité d’images (si on sait s’en servir) et utilisation en condition difficile
  • photo animalière
  • photos au format raw (pour le post traitement)
  • possibilité créative plus étendue

Les – :

  • Poids
  • Encombrement
  • Prix (et donc stress si on souhaite l’utiliser dans certains passages difficiles)

 

  • Le smartphone : là aussi, je vais donner un point de vue radical.

Les photos de smartphone satisfont (et satisferont) la majorité des randonneurs. En randonnée, la majorité d’entre vous prennent des photos souvenirs. Un paysage, une fleur, des “moments” de rando, un selfie de vous (ou votre groupe) face au sommet. Peu de gens prennent le temps de faire du post-traitement en photo. L’instantanéité prime. On publie sur facebook ou instagram pour nos amis, notre famille, nos collègues de bureau et notre patron (qui nous suit forcément sous un faux compte) pour les impressionner rassurer faire rêver, et cela nous suffit. Le post-traitement est très rapide, se fait avec le même appareil pour un rendu quasi immédiat. C’est simple, rapide, peu encombrant. Cela ne nous empêche pas, par ailleurs, d’être créatif dans la composition. Cela nous limite si on souhaite un certain rendu artistique (mais encore faut-il avoir la capacité de…), ou publier en haute définition, ou imprimer… donc en gros, cela ne limite pas la majorité d’entre vous par rapport à votre pratique de la photo en randonnée !

(pour information, j’utilise toujours à ce jour mon vieux smartphone Samsung S2 à l’écran fêlé dont l’objectif interne n’arrive plus à faire la mise au point depuis une mauvaise chute au Pérou. Toutes les photos carrés publiés ici sont issus des publications d’instagram  (application qui réduit déjà la qualité de l’image avec l’ajout de filtres). Les appareils récents sont beaucoup plus performants)

Photo prise au smartphone lors du course pied nu dans les forêts finlandaise avec Nicolas du blog Laponico

Photo prise au smartphone lors du course pied nu dans les forêts finlandaise avec Nicolas du blog Laponico

Les avantages du smartphone :

  • Léger
  • Peu encombrant (quoique vu les derniers sortis, hum hum)
  • Produit des photos satisfaisant les besoins de la majorité des randonneurs
  • Post-traitement rapide
  • Partage rapide avec ses proches

Les –

  • Durée de vie de la batterie (bon, moins pour ceux qui n’utilisent pas apple :)
  • N’est pas un reflex

 

photo prise au smartphone sur le tour du Mont blanc et publiée sur Instagram

photo prise au smartphone sur le tour du Mont blanc et publiée sur Instagram

 

  • Bridge ou compact expert ?

Si vous savez utiliser votre appareil photo en rando et que vous faites du post-traitement, quitte à s’encombrer, entre un bridge et un reflex, prenez un reflex avec un objectif full frame. (cela reste mon avis non objectif) Mais au moins, un reflex, on peut l’utiliser avec d’autres objectifs ciblant différents besoins photographiques.

Dans le cas contraire,  je vous ai convaincu -normalement- que votre smartphone devrait vous suffire en rando. Vous et moi, nous savons que le smartphone pêche souvent du fait de la durée de vie de la batterie.

Prise au smartphone S2 que je tenais au chaud durant l'ascension du Kilimandjaro. Jaune : diagonale + pernediculaire. Blanche : ligne de force, rouge : ligne de fuite = chemin des pas

Prise au smartphone S2 que je tenais au chaud durant l’ascension du Kilimandjaro. Jaune : diagonale + pernediculaire. Blanche : ligne de force, rouge : ligne de fuite = chemin des pas

Astuces, pour éviter que votre smartphone ne se vide de sa batterie durant votre randonnée :

  • Gardez le haut chaud quand il fait froid
  • Mettez-le en mode avion
  • Éteignez-le lorsque vous ne l’utilisez pas pour une longue période
  • On peut également imaginez prendre un chargeur solaire (si y a du soleil hein, sinon c’est inutile) ou une seconde batterie de rechange.

Cependant, en randonnée longue ou trek de plusieurs jours, la batterie de notre appareil photo d’appoint, notre smartphone donc, pêche. De fait, pour une randonnée de plusieurs jours (>3j), je vous conseillerai d’investir dans un compact expert léger et ayant une bonne autonomie OU d’en emprunter un à votre cercle d’amis (pourquoi payer un appareil si vous ne faites qu’une fois par an ce type de rando et même s’il casse, cela coûte toujours moins cher qu’un reflex). Un compact expert léger peut faire de meilleures photos qu’un smartphone (si vous savez vous en servir, je ne compte pas les photos coups de chance) mais à mes yeux, il sera, pour vous, l’équivalent d’un smartphone avec une plus grosse batterie et surtout, c’est du poids en plus dans le sac.

village de l'Ubaye, photo prise au smartphone

village de l’Ubaye, photo prise au smartphone

 

Comment transporter son appareil photo en randonnée ?

 

Si c’est un smartphone ou équivalent : Et c’est là que vous allez comprendre l’intérêt des mes choix intransigeants antérieurs. Parce que si vous vous trouvez dans la majorité des cas, alors le smartphone comme appareil photo d’appoint vous suffira amplement et, comme il est léger et peu encombrant, il tient dans votre poche. Il est immédiatement accessible :) Pas besoin d’accessoires pour le porter ou de stratégie sur « comment faire en sorte de l’avoir à porter de main ». A vous les plaisirs de la randonnée légère !

Si c’est un reflex : Par contre, votre collègue photographe, celui que vous jalousez un peu (si, si, avouez-le) et qui vous gonfle de temps en temps car il vous fait attendre une demi heure pour prendre sa photo de marmotte, lui, il n’a pas la possibilité de mettre son reflex dans sa poche. Bon, puisque vous êtes dans mon cas, plusieurs solutions.

  • Vous marchez seul :

vous marchez donc à votre rythme. Attention, cela ne veut pas dire que vous marchez lentement (je vous mets au défi de me suivre sur la durée:) Si vous marchez à votre rythme alors, oh bonheur, personne ne râlera lors de vos arrêts photos. Vous êtes maître de votre temps.

De fait, l’appareil sera porté en bandoulière, coincé avec une sangle du sac s’il fait beau ou à l’intérieur du sac en cas de mauvais temps/fatigue. Cela suffit dans 99% des cas. Je ne suis pas fan des sacoches ventrales ni du fait de tenir son appareil sur soi dans les passages difficiles voir dangereux. Je préfère le savoir alors, à l’abris dans mon sac. Pourquoi ? S’il tient accroché à une sangle, l’appareil m’empêcher, physiquement ou psychologiquement, de me déplacer de la meilleure manière qui soit dans les passages dangereux. Il y a un risque de déséquilibre.

Par ailleurs, l’appareil peut glisser, se cogner, casser… je peux prendre, par simple réflexe mécanique, le risque d’effectuer un mauvais mouvement pour le protéger au lieu de me protéger… or comme je suis seul, je trouve cela idiot de prendre -trop- des risques pour un tas de composants (aussi chers soient-il) et une photo potentielle. Il vaut mieux attendre et trouver un emplacement ou il sera moins risqué de sortir l’appareil. De plus, si vraiment, vous souhaitez prendre un selfie sur l’arrête d’une montagne, alors votre smartphone sera bien plus maniable que votre reflex porté à bout de bras. En plus, cela tombe bien, il est dans votre poche.

 

Oui mais Piotr, et l’accessibilité de mon matériel ?

A t-il besoin d’être accessible tout le temps, « à portée de main » c’est là la question. En randonnée, il y a fort peu de risque que le paysage disparaisse d’un coup, sans crier gare. Analysez votre environnement, cherchez les meilleurs points de vue. C’est là le travail du photographe, ouvrir l’oeil, anticiper lumière et espace. Cette approche est par ailleurs plus facile si le sac est léger et que l’on a pas les yeux rivés sur ses chaussures. (A lire, 4 raisons pour randonner plus léger) Si le temps devient propice, une éclaircie par exemple, prenez votre appareil photo en bandoulière pour être prêt. Mais il s‘agit avant tout de contemplation et d’observation pas de réactivité immédiate. Ce n’est pas ici que l’on va faire des rafales et mitrailler tout ce qui bouge.

Pour l’observation animalière, soit on tombe sur des animaux par hasard (comme dans le cas de bouquetins peu farouches qui prennent souvent la pause) et alors on est tellement surpris (l’animal aussi) que l’on n’a pas le temps de déclencher (particulièrement avec des chamois qui s’enfuient au moindre bruit) soit on prend le temps d’observer et d’attendre (les marmottes par exemple ou les chamois) et dans ce cas, quoiqu’il arrive, on pose son sac. Par ailleurs, rappelez-vous, sac + léger = + de liberté, + de flexibilité. Donnez-vous le temps de prendre la photo, c’est là aussi le plaisir de la randonnée. La photo animalière requiert patience, repérage, heures d’affût tel un chasseur… et pour cela, vous poserez de toute façon votre sac. Si vous souhaitez absolument faire des photos de chamois, alors… vous faites une sortie photo animalière dédiée et vous prenez un gros zoom avec un refuge à une journée de marche de la vallée dans lequel vous resterez jusqu’à remplissage de vos cartes mémoires. Vous y laissez le gros du matos en journée et vous partez en chasse photo. La randonnée sera accessoire… on ne peut pas TOUT avoir. Et randonnée léger Et donc plaisir de randonner Et objectifs photos répondant à toutes les situations. Choisir, c’est renoncer !  Choisir, c’est s’alléger !

« Oui mais si je croise un ours, je n’aurai pas le temps de sortir l’appareil du sac » Je ne pense pas que vous aimeriez croiser un ours sur votre chemin et si c’est le cas, je ne pense pas que prendre une photo soit la meilleure option (j’ai déjà croisé en forêt une grosse laie et ses petits et la dernière chose à laquelle j’ai pensé, alors qu’elle me fixait, c’est de prendre des photos – voir de bouger tout court)

 

Photos de chamois que je surprend avec l'appareil photo en bandoulière après observqtion

Photos de chamois que je surprends avec l’appareil photo en bandoulière après marche d’observation

Chamois pris après avoir remonté un promontoire rocheux, sac laissé en contrebas

Chamois pris après avoir remonté un promontoire rocheux, sac laissé en contrebas

Marmotte observée à 2m de distance après 40min d'observation. Nous nous sommes rapprochés de la tanière discrètement et nous avons attendu

Marmotte observée à 2m de distance après 40min d’observation. Nous nous sommes rapprochés de la tanière discrètement et nous avons attendu

  • Vous marchez en groupe :

vous avez donc la responsabilité de prendre de bonnes photos (puisque vous maîtrisez votre appareil). Les mêmes conseils qu’auparavant s’appliquent. Sauf qu’ici, l‘avantage est de pouvoir profiter de l’aide d’autres randonneurs . En effet, lorsque votre appareil se trouve dans votre sac (car le temps ne permet pas de la porter sereinement en bandoulière) ou que vous préférez ne pas subir le frottement de la sangle sur votre cou, vous pouvez toujours demander à un collègue de marche de vous le sortir (c’est plus rapide que si vous le faites vous). S’il râle, rappelez-lui le poids de l’appareil et du fait que c’est VOUS, qui avez le pouvoir des photos. Alors s’il souhaite avoir un beau portrait de montagne, il devrait obtempérer avec le sourire :)

Par pitié, en randonnée, ne marchez pas l’appareil reflex avec la sangle enroulée autour de votre main, sans cache pour votre objectif. Faites attention à vous et à votre matériel. La montagne laisse assez d’occasions de prendre le temps de faire de bonnes photos, pas besoin d’être sur le qui vive, ce n’est pas un safari !

 

En conclusion : L’important ce n’est pas d’avoir le sac le plus gros pour montrer qui est le plus fort ou d’avoir l’appareil le plus cher mais de vivre une expérience agréable et de la partager de la manière qui VOUS convient. Se lancer dans la photo de randonnée implique des concessions. Mais, suivant votre pratique photo dans le cadre de la randonnée, nul besoin d’investir dans du matériel cher et lourd qui ne répond pas à vos besoins actuels. Le meilleur appareil photo, c’est celui que vous maîtrisez le mieux. Si, à l’avenir, après avoir maîtrisé les subtilités de la composition photo en randonnée avec votre smartphone, vous souhaitez vous faire davantage plaisir en photo, il sera toujours temps d’investir. Ce savoir acquis ne sera pas perdu, au contraire. Cela sera certes un défi technique et théorique (par rapport au smartphone) mais cela libérera des possibilités artistiques. Dans la pratique photo en randonnée solitaire ou en groupe, le but final, c’est de se faire plaisir. Et. de mon côté, tant que le plaisir de prendre des photos en randonnée ne se fait pas au détriment du plaisir de marche, je continuerai à marier les deux. 😉

  • Pour ceux qui auraient des doutes sur des photos de qualité que l’on peut faire avec un simple smartphone en randonnée, je vous invite à regarder les photos des Iphone awards