Sentier de Haute Altitude de Stubai

Lorsque je marche, mon esprit se tait. Il devient un livre blanc, un livre de paix. La tranquillité s’installe. Les tempêtes quotidiennes s’éloignent. Je rayonne alors, de l’intérieur, même si au dehors, le temps est gris. Peu importe, je me nourris des montagnes comme elles se nourrissent des pensées noires qui me rongent. Elles délivrent le fardeau des hommes. Elles délivrent l’Homme et le livre seul face à lui-même. Loin des vanités, de l’égo, des inquiétudes.

Aujourd’hui je vous emmène sur les chemins du sentier d’altitude de Stubai. Les souvenirs de randonnées sont, pour moi, un peu comme une bouteille de bon vin. On la laisse mûrir dans la cave de son esprit. On l’ouvre en de spéciales occasions pour des convives minutieusement choisis. En somme, je n’attendais plus que vous. La bouteille que l’on va savourer aujourd’hui est un bon crû. Corsé, exigeant, il ne se laisse pas si facilement apprivoisé : le sentier d’altitude de Stubai.

Carnet de Stubai.

De la cascade de Grawaalm jusqu’au refuge de Desdner en passant par le refuge de Sulzenau

Je suis si jaloux des chalets solitaires posés nonchalamment non loin des chemins. Je crois qu’il n’y a pas plus belle incitation à l’aventure. Jeune, j’aurai peut-être pu détester l’éloignement de la civilisation mais avec l’âge, on se rend compte que la proximité de la nature et des reliefs en particulier est un baume pour le coeur et l’esprit.

Le béton, la course effrénée à la consommation, à la possession, à l’argent, est-ce vraiment pour nous ?

En ces lieux, on ne sait jamais jusqu’où une douce journée peut nous mener… à la retraite, je rêverai de me poser dans une petite cabane, une simple chambre avec un lit douillet, quelques livres et une fenêtre à volets de bois à l’orée d’une forêt et à l’ombre des montagnes enneigées pour mes vieux jours.

Les nuages semblaient encombrer le passage plus haut. Plus bas, avant nos premiers pas, elle se jouait de nous entre les pins.

La montée le long de la cascade de Grawaalm fut rafraîchissante, comme une petite douche après le réveil. Les marches de bois et de pierres le long du parcours semblaient gorgées d’eau. Il y avait quelques framboises qui charmaient mon regard au bord du sentier. Framboises oubliées par les randonneurs sans doute soucieux d’éviter de s’enfoncer dans le terrain boueux. Moi je suis prêt à affronter tous les chemins de boue pour une extase en bouche de quelques instants. Voilà des années que je me suis persuadé que boire l’eau des ruisseaux et profiter des simples bienfaits de la nature est ma fontaine de jouvence.

L’arrivée à Sulzenauaulm semblait comme la projection d’un film fantastique. Le refuge de Sulzenau était un peu plus haut, perché au-dessus de la cascade, havre de repos cerné par la nature flamboyante. Sur le chemin, il y avait ce vieux refuge de bois sculpté à notre droite. Lorsque les pluies était fortes, il arrivait qu’il soit coupé du monde. C’est ce que Michael me dit. On s’attendait à voir sortir des trolls enfouis dans les ténèbres. Les masques de bois sculptés témoignaient peut-être d’un temps où ce monde était le leur.

La montée le long de la cascade nous a pris une vingtaine de minutes. La vue vous ouvre l’appétit. Peut-on s’en lasser ?

Arrivé au refuge de Sulzenau, au lieu de la traditionnelle bière comme le fit Michael, je commande un bon chocolat chaud. Je suis naturellement accro au chocolat chaud en montagne. Une drogue et une une de gosse indescriptible quand je vois la petit volute de fumée au dessus de la tasse.

Je commande la soupe du jour : Steinplitz zuppe. Délicieuse et un plat principal à base d’oignons, de patates et d’oeufs. Fort bourratif, j’arriverai difficilement à en voir le bout malgré. Il faut cela en montagne, des plats qui vous tiennent au corps pour les longs kilomètres à venir.

Rassasié, on reprit la route direction le refuge de Dresdner. Je crois qu’une des définitions du bonheur, enfin celle que je vous donnerai à ce moment là, est la différence entre la marche en montagne le ventre vide et la marche en montagne le ventre plein. Là-haut, on se contente toujours de peu pour être satisfait de la vie. C’est cela que j’affectionne le plus dans la randonnée. Ce retour à l’essentiel. Cette simplicité.

La vie en société nous rend insatisfait. La pub cherche à nous vendre un ersatz de bonheur à travers la surconsommation. Les réseaux sociaux nous filent le cafard. Je le sais, c’est mon travail quotidien que de m’y retrouver. Chacun étant trop préoccupé pour s’y forger une vie idyllique apte à capter des likes. Et si les gens les plus intéressants étaient non pas ce qui étaient préoccupés à vendre leur vie pour des j’aime mais ceux qui la vivaient tout simplement ?

La promesse du voyage, quant à elle, est réelle pour peur que l’on ne soit pas coller à son smartphone pour faire des selfies. Et même si mon métier m’amène à devoir poser mon sac pour ramener des images et gratter quelques papiers virtuels au retour, quand je marche, à ma plus grande joie, il me reste amplement assez de temps pour me vider l’esprit.

On passe devant le glacier qui pleure la mémoire de meilleurs jours. Comme de nombreux glaciers des Alpes. A ce rythme, je crains qu’il ne soit bientôt plus qu’un souvenir pour la prochaine génération de randonneurs. Petit à petit, ces géants de roche et de glace qui ont façonné ces paysages disparaissent sous nos yeux pour un temps qui nous semble éternel. Néanmoins, un jour, une ère glaciaire les fera sans doute renaître. On ne sera peut être plus que poussière dans les millénaires qui s’en viennent. La Terre aura effacé, que dis-je, nettoyé les traces de notre passage.

Mon chemin et celui de Michael se séparent ici. Il m’avait déposé en bas et accompagné pour la matinée. Sans doute voulait-il s’assurer personnellement que j’étais capable de me débrouiller seul ces prochains jours sur le sentier exigeant du Stubai. Les blogueurs sont parfois un peu fanfaron. La montagne n’est jamais un terrain de jeu sécurisé, elle nous joue des surprises si on n’y prend pas garde comme ce fut le cas lors de mon ascension ratée de la Meije où je me suis fait une belle frayeur. Néanmoins, j’ai déjà de nombreuses longues randonnées en solitaire derrière moi… c’est un chemin balisé, je connais mes capacités et les risques. Je ne suis pas un alpiniste mais mettre un pied devant l’autre, c’est assurément l’une des choses pour laquelle je suis le moins mauvais dans ma vie.

Je reste quelque temps faire des photos avec le drone. Marchant à bon rythme, j’arrive aux alentours de 16h au refuge de Dresdner. Une douche rapide de 4min -mieux vaut être efficace et se savonner à l’avance au lavabo et ne pas traîner- je sors une dernière fois après un bon repas.

Ci-dessous, la vue depuis ma chambre. C’est dommage, j’étais si bien installé que je ne pris pas le temps de réaliser quelques photos de mon alcôve si douillette. Que voulez-vous, parfois on profite simplement du moment sans vraiment penser travail (en fait, ce fut pareil à chaque refuge). Pourtant je sais que cette information intéresse quelques uns d’entre vous.

Je vais toutefois tâcher de vous la décrire. J’étais seul dans une chambre avec 2 lits superposés si ma mémoire est bonne. Un lit récent douillet, propre, avec des matelas et couvertures qui sentaient le frais. Un petit lavabo avec un miroir, une prise pour recharger les batteries de mes appareils, c’était parfait. J’oubliais la fenêtre avec vue. La porte se fermait à clé. On avait l’intimité, le silence et le confort, que demander de plus.

Pour plus de confort, je me suis résolus à découper ce récit en 2 articles.


Ce reportage a été réalisé avec l’aimable invitation de l’office de tourisme de Stubai et de l’office de tourisme du Tirol. Tous les propos sont les fruits de mon expérience seule. Je ne prétends nullement à l’objectivité mais je vous faire part de mon ressenti.